Words, words, words

Je cause, je cause, c'est (presque) tout ce que je sais faire

14 août 2006

Des repas en famille

    Les repas, chez moi (enfin chez mes parents, quoi, parce que chez moi, évidemment, je suis toute seule, c'est moins drôle), c'est parfois assez folklo. Déjà, il existe une propension familiale à balancer des conneries et à rebondir hystériquement dessus, de jeu de mot en jeu de mot, jusqu'à atteindre le fou-rire généralisé. Tout cela émaillé, évidemment, de citations et privates jokes renvoyant à à peu près tout et n'importe quoi, du dernier spectacle de Gad Elmaleh à Shakespeare, en passant par Lucky Luke et consorts, sans oublier le répertoire de blagues cons brevetées et cataloguées.
    Mais le truc vraiment caractéristique, c'est la tendance de deux des quatres membres (nommément, mon papa et moi) à se lever de table pour aller déterrer un dictionnaire poussiéreux, histoire de vérifier incontinent un truc absolument essentiel à la continuation d'une existence normale.
    Par exemple, ce matin, au ptit déj, j'interroge ledit papa sur un petit problème de thème latin posé il y a peu par Martin Lothar. Dans les 15 secondes, zou, Gaffiot (également connu sous le nom de Felix, ou de Gaf) atterrit sur la table (attablit?) et nous livre ses secrets:
    moi- Non, Papa, Virgile n'est pas considéré comme classique, il faut voir ce que dit Cicéron!
    mon papa - Bah, c'est des conneries de profs de khagne, ca.
    moi - Certes. D'ailleurs, j'aime pas Cicéron....
    ma maman -tu préfères Poincaré uhuh...
    moi (ignorant superbement) -... mais là n'est pas le problème. Bon alors il dit quoi Cicéron?
    mon papa- ouais bon, ok, "unus", ca peut marcher dans ce contexte là, mais vaudrait mieux le placer après.

  Dix minutes plus tard, à la suite d'une obscure conversation sur la parité homme-femme dans la langue française, Gaf est rejoint par Dauzat et Picoche (Bloch et Wartburg étant à mon grand regret indisponibles dans cette maison, il faudra d'ailleurs y remédier), les étymologistes de service (tiens d'ailleurs, on dit étymologue, ou étymologiste? étymologiste ca fait penser à entomologiste, jtrouve). Objectif: parvenir à décider de l'origine du mot "mari".

  En fait, c'est toujours à table que les questions existentielles se posent. Ce soir, à propos d'une affiche dans le métro vantant les mérites d'un cours d'anglais (Wall Street English, pour ne pas les nommer) qui proclamait royalement "TROIS MOTS ONT SUFFIT" (pour faire une faute de français,mais en même temps c'est des cours d'anglais, qu'ils donnent, pas des cours de français), nous nous sommes interrogés sur l'existence de verbes faisant -vraiment- leur participe passé en -it (ouais paske même "suffiter", ca devrait faire "suffité", en toute logique). Après trois minutes de brainstorming, on n'avait trouvé que les composés de dire, mais après, ma maman a demandé qui revoulait de la salade, alors on est passés à autre chose (la qualité des concombres du beau-père de ma soeur, pour ne rien vous cacher).
    Hier, à 7h 10, mon papa sort de sa chambre, la tête dans le seau et les cheveux néanmoins ébouriffés comme à l'accoutumée, pour s'entendre demander ce que racontait au juste la théorie quantique. Y a des matins, comme ca, je pète la forme, surtout quand, comme depuis une semaine, je n'arrive pas à dormir au delà de 7h30. Au crédit de l'auteur de mes jours, je dois dire qu'au débotté, comme ca, il s'en est plutôt bien sorti (enfin pour autant que je puisse en juger, évidemment).

    Tout ca pour vous prouver que, quand même, dans les familles d'intellos, on s'éclate grave lors des repas.

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