Words, words, words

Je cause, je cause, c'est (presque) tout ce que je sais faire

21 novembre 2007

De l'inertie.

    Une marmotte. Une limace. Une moule. Une éponge. Molle, très molle.

    J'utilise tout un tas de vocables de ce genre, pour me décrire. Tout un tas de vocables désignant des entités plus ou moins vivantes, plus ou moins animales, plus ou moins actives, plus ou moins rapides, plus ou moins vertébrées. Plutôt moins que plus, dans ma façon de l'entendre.

    Je fonctionne beaucoup à l'inertie. J'angoisse à l'idée de me précipiter sur un choix ou une décision sans connaitre tous les tenants et aboutissants. Ne pas choisir en connaissance de cause me terrifie. Je voudrais pas perdre un truc important sans m'en rendre compte (l'idée selon laquelle, si je ne m'en rends pas compte, c'est que ca ne doit pas être si important, j'ai du mal à percuter). Faut décomposer tout ça, mais je peux pas décomposer dans l'angoisse. Je peux pas morceler, avec un trou qui s'effondre sur lui même dans le bide, les morceaux vont tomber dedans. Je laisse toujours tout échapper, je me connais.  Alors j'attends. Je laisse couler. Je m'immerge dans de la fiction. Je dors. Je m'oublie un peu. Les choses, les mouvements passionnels, les accrocs s'écrèteront bien pendant que je ne les regarde pas. Au pire, la théorie du feu au derrière me sauvera toujours. Evidemment, la moitié du temps ca se retourne contre moi, parce que j'ai laissé en plan des choses qui ne pouvaient pas attendre. Des démarches administratives, ce genre de trucs. C'est chiant, c'est sûr. Mais bon an, mal an, pour les questions importantes je m'en suis plutôt bien trouvée. L'hibernation, ça a du bon. Sauf que.

    Je fonctionne beaucoup à l'inertie. Je couche la tête et je laisse passer les coups de griffes. J'encaisse, j'absorbe, souvent sans renvoyer grand chose à l'autre, en face, qui cherche la réaction. J'évacuerai plus tard, en privé, dans ma coquille, pas un problème. Ne pas réagir à chaud si la réaction est potentiellement dangereuse pour l'autre. Se donner le temps, recycler la colère, la déception, l'envie, la jalousie. Colmater les petites fissures dans l'instant, pour l'instant. Rester stable, rester solide. Rester aimable.

  Et puis ces derniers temps, l'inertie entre en conflit avec tout un tas de trucs. Tout un tas de gens. Celui qui trouve que je ne la pousse pas assez loin, et que je me laisse encore trop blesser par les choses. Celui qui trouve qu'attendre et rester flottant, c'est pire que tout. Les choses qui me mettent en colère, et que je continue à ravaler, en admettant que ca me coûte de plus en plus, et que ça ne sera bientôt plus tenable. Et toutes ces putain de fissures qui se mettent à suinter en même temps, avec lesquelles je sais pas trop quoi faire. Il me faudrait une éponge, tiens.

Je viens de me rendre compte que je parle alternativement de limace et de coquille.
En toute logique, je dois plutôt être un escargot.
Ca tombe bien, je préfère.




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