01 avril 2008
D'une désillusion
T’es partie à l’autre bout du monde, t’en es revenue avec l’idée, renforcée par l’expérience, que tu es quelqu’un d’adaptable. En ayant profité de chaque jour passé dans ces villages avec des maisons en bambous et presque rien dedans, en ayant aimé des gens de cette culture différente, en ayant mangé, dansé, rigolé, pleuré, flirté avec eux. En ayant eu le sentiment que les choses n’étaient pas compliquées à appréhender, à comprendre. Que tu n’avais pas de mal à passer d’un monde à l’autre.
Quelques mois plus tard, tu as fait une autre traversée. D’un côté à l’autre du bureau, d’un côté à l’autre du vouvoiement, d’un côté à l’autre de la transmission. Sans pour autant changer de monde, vraiment. Enfin c’est ce que tu croyais.
Tu avais un peu craint, beaucoup projeté, t’étais posé plein de question sur la qualité de ce que tu allais raconter.
C’était pas la peine, vraiment.
A la place, t’aurais mieux fait de commencer à te rentrer dans la tête qu’un étudiant ne mérite pas que tu passes des heures à préparer un cours intéressant pour lui. Ni qu’on se repose, une fois tous les 50 ans, la question du contenu des vénérables cours qu’on leur fournit si gracieusement. T'aurais mieux fait d'apprendre à prendre les gens, les jeunes, en particulier, pour des cons.
T’en serais pas à te désespérer dans ton coin, en regrettant, à chaque déconvenue, à chaque descente vers la médiocrité, l’objet de ta précédente déception, qui se trouve comme par magie un peu redoré, devant la nouvelle catastrophe.
Ma vieille, t’es apparemment pas si adaptable que ça. Et franchement, c’est aussi bien.
Bienvenue dans la culture de la Sor-pas-bonne. Reviens quand t’auras 15 ans d’expérience d’ethnologue de terrain dans tes bagages, t’es qu’une amatrice.
Commentaires
Désenchantement ?
Dans une vie d'étudiant, tu le sais bien, ça compte un enseignant qui te respecte en faisant ce qu'il est censé faire. En te parlant. Pour de vrai.
Bravo pour ton visa d'inadaptation! :-)
Ma chérie,
je souscris complètement à ce que dit Still. Un jour, on envoie par dessus bord illusions et désillusions, pour s' apercevoir qu'il y a une satisfaction intime à faire son propre travail au plus proprement, sans préjuger de ce que les autres en font. Ne serait-ce que parce qu'on ne peut pas jouer juste sur un piano faux.
Des bises
N'aie pas le blues, c'est le printemps, enfin presque.
Quand on n'a pas d'attentes, on n'est jamais blasé, mais on n'est plus très vivant : c'est bien d'attendre quelque chose de ses étudiants, même si ça entraîne quelques déceptions.
still et anita: ben j'ai juste pas encore atteint l'ataraxie
Berthoise: non non tu comprends pas. Les étudiants ne me déçoivent nullement. C'est l'institution qui me déçoit, parce qu'elle préfère faire comme si les étudiants étaient débiles, plutôt que d'avoir à faire les efforts nécéssaire les nourrir intellectuellement.
Les étudiants, c'est le point le plus réjouissant de l'histoire, paske justement, ils résistent à la connerie ambiante :D
Je comprends, je pense. J'ai eu mes propres desillusions professionnelles y'a pas si longtemps. Je t'embrasse.
Oué, moi aussi je te préfères pas adaptable à ça :o)
Bisous
Pourquoi ne pas être restée du côté des maisons en bambou ?
STV: bah, les bons jours, je me dis que j'ai de la chance d'apprendre aussi vite dans quoi je vais mettre les pieds...
Gamacé: uhuh :)
Mikado: y a beaucoup de raisons, je developperai ptet un jour :)
Tu sais, j'y ai repense, depuis. Et je me demande vraiment si l'erreur n'est pas dans l'hypothese de depart : est-ce que parce que les iles sont loin, elles sont vraiment "loin" de nous ? Est-ce que parce que ton boulot est pres il y a un pont entre lui et toi ? As-tu vraiment besoin de plus d'adaptabilite dans le premier cas ?
...
Je m'egare, je crois. Pourtant dans ma tete c'etait tres clair.
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