01 avril 2008
D'une désillusion
T’es partie à l’autre bout du monde, t’en es revenue avec l’idée, renforcée par l’expérience, que tu es quelqu’un d’adaptable. En ayant profité de chaque jour passé dans ces villages avec des maisons en bambous et presque rien dedans, en ayant aimé des gens de cette culture différente, en ayant mangé, dansé, rigolé, pleuré, flirté avec eux. En ayant eu le sentiment que les choses n’étaient pas compliquées à appréhender, à comprendre. Que tu n’avais pas de mal à passer d’un monde à l’autre.
Quelques mois plus tard, tu as fait une autre traversée. D’un côté à l’autre du bureau, d’un côté à l’autre du vouvoiement, d’un côté à l’autre de la transmission. Sans pour autant changer de monde, vraiment. Enfin c’est ce que tu croyais.
Tu avais un peu craint, beaucoup projeté, t’étais posé plein de question sur la qualité de ce que tu allais raconter.
C’était pas la peine, vraiment.
A la place, t’aurais mieux fait de commencer à te rentrer dans la tête qu’un étudiant ne mérite pas que tu passes des heures à préparer un cours intéressant pour lui. Ni qu’on se repose, une fois tous les 50 ans, la question du contenu des vénérables cours qu’on leur fournit si gracieusement. T'aurais mieux fait d'apprendre à prendre les gens, les jeunes, en particulier, pour des cons.
T’en serais pas à te désespérer dans ton coin, en regrettant, à chaque déconvenue, à chaque descente vers la médiocrité, l’objet de ta précédente déception, qui se trouve comme par magie un peu redoré, devant la nouvelle catastrophe.
Ma vieille, t’es apparemment pas si adaptable que ça. Et franchement, c’est aussi bien.
Bienvenue dans la culture de la Sor-pas-bonne. Reviens quand t’auras 15 ans d’expérience d’ethnologue de terrain dans tes bagages, t’es qu’une amatrice.
28 septembre 2007
De ma rentrée
J'aime bien l'ambiance de
la fac en été. Les couloirs déserts, les talons qui résonnent, les
glissades sur le marbre sans risque de se prendre un groupe d'étudiants
venus en sens inverse. La joie de parcourir trois étages avant de trouver des chiottes en service. J'éprouverais presque une satisfaction de propriétaire faisant le tour de son domaine.
J'aime bien m'y promener en juillet et en septembre (non, pas en
aout, faut pas charrier non plus :) ), l'atmosphère très particulière
me ferait presque oublier que j'y vais en général pour assiéger tel ou
tel service administratif, et pour me faire remballer par l'une ou
l'autre des aimables secrétaires qui y sévissent.
Du coup, évidemment, j'ai bien senti que le vent avait changé de
direction hier en y retournant. 15 jours seulement depuis mon dernier
rendez-vous, mais..
"Misère, les
étudiants sont de retour". Se bousculant dans les couloirs, assis dans
les escaliers. Agglutinés devant les salles d'inscriptions,les notes
des rattrapages ou les panneaux annonçant les cours obligatoires dans
les différentes sections (sur lesquels, d'ailleurs, j'ai chopé, au
passage, mon nom. Ai frôlé la crise cardiaque, et pourtant, j'étais au
courant :D)
Je ronchonne, mais en fait, cette
ambiance de rentrée, là, je l'aime bien aussi. Tout le monde est un peu
paumé, on lie facilement connaissance. En meme temps que moi, sont
entrés dans la fac trois djeuns, deux p'tits beurs et un grand black,
les deux premiers apparemment venus accompagner le troisième. Derrière
moi, j'en entends un demander "Tu crois que tu vas te sentir bien?
ptain je me sens pas chez moi, ici".
Je me suis
retournée le sourire aux lèvres et j'ai failli leur dire que moi non
plus, pas tellement, depuis trois ans que je suis là.
Avant de réaliser que ce n'était plus aussi simple, malgré ce que je dis toujours.
Je reste agacée, évidemment, par beaucoup de choses que
représente et symbolise cette fac, par le marbre et les ors; les
minettes en jupe plissées et les mecs en chemise et pull lacoste
contrabalancés par une coupe savamment en bataille; les profs imbus de
leurs CV (pas tous attention, j'en ai aussi rencontrés à qui je fais
des bisous sur leurs répondeurs) et les étudiants, de leurs certitudes;
l'ambiance péteuse et bien pensante de certaines sections, les
structures confites dans leur fonctionnement féodal, la pachydermique
administration.
Je continuerai à me débrouiller pour
ne pas y passer plus que le temps strictement nécéssaire à mes
obligations, pour les quelques années qu'il me reste là-bas.
Mais je me suis fait avoir. A certains moments, comme ça, l'été,
la rentrée, ou les matins d'hivers, à 8h, avant que toutes les lumières
ne soient allumées, je me surprend en pleine crise de tendresse, pour
les lieux et les gens.
24 avril 2006
D'un léger agacement
Vous avez peut-être entendu, ce matin, les journalistes de France Info annoncer avec tambours et trompettes que la Sorbonne avait rouvert, et que les étudiants étaient rentrés tranquillement en cours, malgré l'occupation de la fac début mars. Comme si les étudiants de Paris IV étaient les pires des rebelles. Mouarf.
Y a quand même un truc que
je voudrais souligner. L'occupation, elle a duré trois jours. Et la fac
avait été fermée par le rectorat AVANT qu'il ne se passe quoi que ce
soit. La veille de la fermeture de la fac, personnellement, je n'ai
entendu aucun discours pro-blocage, aucun mot d'ordre de grève
d'envergure, rien. Et le lendemain, pouf, fac fermée.
Il n'y a quand même pas besoin d'être grand psychologue pour
savoir que la meilleure facon de donner envie à des gens (et a fortiori
quand il s'agit d'étudiants) de prendre d'assaut un lieu, c'est d'en
faire une forteresse et d'en interdire l'accès. Vous excuserez la
métaphore phonétique (on a les références qu'on peut), mais les
consonnes qui font le plus de bruit, c'est les occlusives (celles qui
impliquent un blocage complet du passage de l'air dans l'appareil
phonatoire, et un relâchement violent ensuite, genre p/t/k/b/d/g en
francais.), pas les fricatives (celles qui maintiennent un passage de
l'air, quoique réduit, comme f, v, s, ch). Empêche un truc de passer,
si vraiment il le veut, il y arrivera, et ca fera beaucoup plus de
bordel que ce que ca aurait fait si tu n'avais pas collé des obstacles.
Admettons même qu'il ait été nécessaire de fermer la Sorbonne
après l'occupation, je ne vois pas pourquoi il était obligatoire de la
maintenir fermée alors que les manifestations ont très vite quitté le
5° arrondissement (dès que la population du quartier a été doublée par
l'afflux de CRS, et que la place de la Sorbonne a été utilisée comme
garage des cars, et des voitures de police).
Je suis
déjà contre les blocages de facs quand ils sont menés par des
étudiants, (pask'il faut voir le type de démocratie qui se pratique
dans les AG étudiantes), mais quand c'est le Rectorat et la Préfecture
de police qui décident de faire mousser le truc, en grossissant les
dégats à l'intérieur de la Sorbonne (entre 500 000 et 1 millions
d'euros de dégats, mais bien sûr...), ca me reste un peu en travers de
la gorge. Parce qu'eux, ils n'ont rien à perdre dans l'histoire.
Genre "La Sorbonne est un symbole de mai 68, il faut empêcher à
tout prix que ca recommence, et si on peut s'en servir pour se faire
mousser un peu, n'hésitons pas." (Comme si les enjeux de 68 avait quoi
que ce soit à voir avec les histoires actuelles...)
Bref. Donc ce matin (en fait non, deux jours après le début des
vacances), la Sorbonne a rouvert ses portes. Pas de problème pour y
entrer à 15h.
Par contre, on a bien cru qu'on
n'allait pas pouvoir sortir. Après la fin de notre cours, on a pris un
café. La sortie la plus proche étant fermée (ca arrive parfois), nous
nous sommes dirigés vers la cour d'honneur, où nous avons trouvé les
portes closes itou. Et en fait, toutes les sorties étaient fermées. Ils
voulaient pas nous laisser sortir!
J'ai proposé qu'on
balance un ou deux ordinateurs par la fenêtre, pour que des CRS soient
envoyés pour nous faire sortir (eh, on demandait pas mieux nous :D)
Enfin ils ont fini par rouvrir un battant de la porte
principale, et on est passés au compte goutte, sans trop comprendre
pourquoi on avait été retiendus. En sortant, on a croisé une trentaine
de CRS, dont certains harnachés comme des mulets (ils devaient crever
de chaud, les pôvres) sur la place de la Sorbonne. Quand je suis
arrivée chez moi, madame la radio (heureusement qu'elle est là, celle
là, elle est mieux renseignée que nous, qui étions à l'intérieur) a dit
que les étudiants pro-blocages étaient dans la cour, et les CRS étaient
en train de les mettre dehors. Donc visiblement, y a eu un échange, les
gens qui voulaient sortir l'ont fait, et ceux qui voulaient rentrer (et
bloquer), l'ont fait aussi. C'était bien la peine de nous faire chier.
(Enfin les étudiants qui viennent jeter de l'huile sur le feu font
chier aussi, je dis pas)
21 janvier 2006
Des gens qu'on croise sur les bancs de la Sorbonne, et que même, des fois, on s'en passerait volontiers, de les croiser.
L'avantage d'étudier à
Paris, et notamment dans une grande fac avec un zouli nom très célèbre,
et située de surcroît dans un quartier plein de hautes institutions
intellectuelles, c'est qu'on a l'occasion d'écouter et de rencontrer
des grands. On a des linguistes connus en cours, on en voit d'autres à
des conférences (et certaines coupines rajouteraient "et en plus y a
mon groupe de rock favori qui passe à Bercy, c'est tout près, c'est
génial." Enfin ca c'est moins mon genre, déjà).
L'inconvénient, c'est que ces gens-là, ces pontes, ces grands, tout
brillants et agréables à écouter qu'ils soient, ben souvent, ils sont
accompagnés d'un fan club. Par exemple, ce matin, il y avait dans la
salle, la femme de l'orateur (octogénaire, mais bon pied bon oeil,
l'orateur), et toute une bande de fans de 40 à 70 balais environs. Plus
quelques étudiants un peu paumés, qui viennent assister au séminaire
paske bon, c'est leur activité principale, aller en cours, vu qu'ils
sont inscrits à la fac.
Alors déjà, on note que ceux
qui foutent la merdre, c'est pas les djeuns. C'est les vieux. Ils
chahutent, ils se crient des trucs d'un bout à l'autre de la salle, ils
private-jokent à qui mieux-mieux. On sent que certains suivent le
maître à la trace (je les ai croisés derrière lui à d'autres
conférence), depuis des années. Mais bon, la plupart du temps, c'est
rigolo, et quand ils interrompent l'orateur, c'est pour dire des trucs
intéressants, donc on leur pardonne.
Sauf que
parmi les gens intelligents, se cachent quelques boulets. Enfin je dis
"se cachent"... le terme n'est pas approprié. Paske c'est plutôt le
genre à se cacher en criant "ouh ouh, je suis lààààààà!" et en agitant
la main avant même que celui qui cherche n'aie fini de compter. Bref,
des boulets. Le genre qui vient en cours comme à une réunion cultuelle
(sans r, hein..). Si j'étais méchante, j'aurais tendance à dire que
c'est pour faire de la lèche. Mais en fait, nan, pask'ils sont vraiment
en adoration, et a priori, ca ne relève pas d'un interêt quelconque.
Ca me fait toujours penser à ces scènes à l'église dans Ally McBeal,
où toutes les dames de l'assemblée font échos au pasteur pendant son
prêche à grands renforts de "Yeah!", "That's right", et "Amen". Bon,
ben mes groupies (ca se dit pour les hommes, aussi?), ils sont un peu
comme ca, tous. (la femme de l'orateur, par exemple, elle trouve que
les exemples de son maris sont les seuls qui valent d'être étudiés, et
elle finit en écho toutes ses phrases avec lui. On a l'impression
d'avoir le cours en stéréo-décalé, c'est un peu pénible. Mais bon, elle
dit quand même des trucs pertinents, donc bon... Non, non, vraiment,
parmi tous ces adorateurs, les boulets sont définitivement les pires.
Le prof qui dit "Le phénomène des X, c'est très intéressant,
aussi, parce que....". Et le boulet de répliquer à voix haute "Mais
Tout est Intéressant, Tout, est intéressant!" (avec des majuscules à
tous les mots, paske le boulet est un grand enthousiaste. Et de se
retourner vers sa voisine (moi) en quête d'un signe de connivence.
Inutile de vous dire que la voisine reste coite, le visage inexpressif,
le regard fixé sur le prof, et si possible, rabat sa tignasse du côté
droit pour faire écran entre elle et l'indésirable. Et pendant toute la
séance, il balance des platitudes, des trucs qui tombent
systématiquement à côté de ce que raconte l'idole, essaye de faire
l'humour, mais c'est raté. Nan, sérieux, la voisine aurait presque
pitié, si elle n'était PAS sa voisine.
Faut dire que
le boulet, il avait déjà pris un mauvais départ avec sa voisine. Ca
fait plusieurs semaines qu'elle le voit coller ses petites camarades de
classes moins fortunées (toujours les étudiantes d'une vingtaine
d'années, hein, ni les mecs, ni les groupies de 50 ans..). Et ce matin,
elle attendait ses petits camarades donc elle s'était mise au deuxième
rang, tout vide, afin qu'ils puissent tous se mettre ensemble à leur
arrivée. Et le boulet est arrivé. La salle est gigantesque, il y a
plein de place disponible partout, et il vient se coller à côté d'elle.
A la table sur laquelle elle a étalé ses affaires, sa chemise en
carton, et tout. Elle fait genre qu'elle l'ignore, mais bon, au bout de
15 secondes, elle craque, elle pousse ses affaires, vu qu'il s'est déjà
assis. Et là, elle sait que les trois heures du séminaires vont être
looooooooooooongues. Le challenge ultime étant de l'empêcher de lire
par dessus son épaule. Ce qui n'est en fait qu'une expression
idiomatique, pasqu'il avait presque le nez collé sur ma feuille (pas
celle où je prenais mes notes de cours, hein.. l'autre. Il est rare que
je me contente d'une activité pendant les cours. Là, j'écrivais une
critique, et ca l'intéressait beaucoup trop à mon goût.)
Heureusement, après, une
coupine arrive, alors elle a un prétexte pour se tourner de l'autre
côté et le décourager un peu. Visiblement, elle s'en sort pas trop mal,
paske la coupine, elle est assez admirative, elle connaît l'hurluberlu,
tiens. Mme Porte-de-Prison, that's me.
02 novembre 2005
De la maison qui rend fou
Réjouissez-vous braves
gens, je viens de décider de ne pas poster le post chiant comme la
mort, aussi incolore qu'un poème de Vigny un jour de pluie, et
cependant fort long, dans lequel j'exposais mes dernières doléances
concernant la fac. J'y peux rien, j'ai du mal à admettre que la fac est
une structure prévue pour n'importe qui SAUF les étudiants.
Certainement, on doit pouvoir tirer de tout ca un enseignement
mystique, parce que la raison, elle, ça fait un moment qu'elle a foutu
le camp.
Exégèse des textes sacrés de
l'administration de Paris IV Sorbonne... Y a suffisamment
d'interprétations possibles pour faire parler les théologiens pendant
des siècles. Quant aux sacrifiés, je veux pas jouer les martyrs, mais
je me vois bien en faire partie, là.
Je me demande
si je peux faire valider dans mon cursus les heures passées à
poireauter et argumenter dans différents secrétariats de différents
sites, pour parvenir à trouver un cours qui accepte les gens dans notre
situation bâtarde.
J'oscille donc depuis midi
entre la colère et la déprime, la première me poussant à tempêter, et
la seconde m'incitant à tout envoyer paître, à me pieuter avec un
bouquin, et à rester au lit jusqu'à la fin du semestre, tant que j'y
suis.



