Words, words, words

Je cause, je cause, c'est (presque) tout ce que je sais faire

05 février 2009

De mes occasions livresques

    Ca fait longtemps que je n'achète de livres neufs que pour offrir, ou presque. Il m'arrive de craquer parfois sur "le dernier roman de X" que j'attends depuis trois ans, ou sur un bouquin de linguistique qui a l'air fantastique et que je n'ai pas la patience de chercher en occasion. La pierre sur laquelle achoppe ma résolution de n'acheter des que des "vieux" livres est donc l'avidité. C'était couru d'avance, la lecture étant à peu près le seul domaine où je me l'autorise sans discontinuer.
   
  Bref. J'achète la majeure partie de mes bouquins chez Gib-Gib ou Boulinier. Le second pour les romans au pif et au kilomètre, et le premier le reste du temps. Y a un Mona-Lisait bien particulier, aussi, chez qui il m'arrive de fureter.
    La première raison est évidemment financière. Je me souviens d'une période, à ma sortie de khagne, où je sortais au moins une fois toutes les deux semaines avec 50 euros de bouquins du Decitre de Grenoble. Et j'en rachetais encore un ou deux chaque semaine dans les gares pour tenir l'aller-retour à Lyon. Evidemment, mon porte-monnaie n'a pas tenu la distance, déjà à l'époque. Et dans l'ensemble, il la tient plutôt de moins en moins bien, pour tout un tas de raisons.
    Donc la possibilité de repartir avec 80 cm de livres (je mesure les tranches, pas la largeur de la couverture, hein :) ) pour moins de 10 euros, évidemment, ca m'enthousiasme.
    J'aime bien le côté farfouillage du bouquin d'occasion. D'abord parce qu'on tombe souvent sur des bonnes surprises au milieu des trucs imbuvables. Et puis, je sais pas, y a un côté "bon copains". "Oh, tiens, y a de nouveau quatre tomes de la série des Jalna". J'ai parfois du mal à me convaincre de ne pas acheter tel ou tel livre que j'ai pourtant déjà à la maison. Il y a comme.. je ne sais pas... de la traîtrise à abandonner là un bouquin qu'on aime beaucoup.
   
   Mon papa m'a souvent répété qu'il ne comprenait pas comment, aimant autant les livres, je pouvais les maltraiter autant. C'est que je m'en fiche un peu, du support. Ou plutôt, je me fiche que le support soit jauni, un peu écorné, un peu taché. A prix égal, je choisirais certainement l'exemplaire en meilleur état, mais un livre défraichi ne me fait pas fuir.
    Je ne suis pas non plus accro aux traces laissées par les propriétaires précédents, ex-libris, commentaires dans les marges, soulignements. Elles ne me dérangent pas, me font parfois rire ou sourire, mais ne peuvent pas constituer l'interêt principal d'un livre.
  Simplement, je cohabite paisiblement, dans l'histoire du bouquin, avec les précédents lecteurs. Ce qui est probablement la raison pour laquelle, quand j'annote des bouquins pour le boulot, je le fais au crayon à papier. Au cas où le lecteur suivant n'aimerait pas ça, il pourrait l'effacer (je viens moi-même d'effacer des soulignements intempestifs dans ma dernière acquisition).
    Cela dit, la probabilité pour qu'un "lecteur suivant" possède mes bouquins avant longtemps est relativement infime, il faut bien le reconnaitre :D .
  Ce sont mes livres. A MOI. Ca ne me gêne absolument pas qu'ils aient été à quelqu'un d'autre avant. J'ai jamais compris la jalousie a posteriori. Mais j'ai beaucoup de mal à envisager qu'ils puissent être à quelqu'un d'autre après moi (sauf mes enfants, peut-être....). C'est d'ailleurs un gros problème quand j'emprunte des livres à la bibliothèque. Je faisais ça à une époque, pour soulager un peu mon compte en banque. J'ai un surmoi fort efficace et les ai donc toujours rendus (parfois avec deux trois jours de retard, juste pour marquer le coup). Mais j'ai toujours la tentation, en sortant de la bibliothèque, d'entrer dans la librairie qui se trouve sur le trajet vers chez moi, et d'acheter tous les livres que je viens de rendre.

    Et là, par exemple, j'ai emprunté dans une BU un livre pour mon cravail et je l'aime beaucoup beaucoup. Et puis il irait super joliment bien avec les autres livres qui sont dans ma bibliothèque "profesionnelle". Que laquelle elle est toute petite, c'est une vraie honte! Bref je le veux. Or il est épuisé partout, et je ne l'ai encore trouvé nulle part sur internet, et je vais pleurer toutes les larmes de mon corps si je le trouve pas bientôt.
   

Posté par Mlle Moi à 23:41 - Culture - Commentaires [15] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Ah bon?
    Faut rendre les livres de bibliothèque?
    Ah ben merdre.

    Posté par anita, 06 février 2009 à 00:14
  • Marrant que ce soit toi la première à réagir. C'est evidemment à toi que je pensais en écrivant ce passage

    Posté par Mlle Moi, 06 février 2009 à 00:24
  • C'est quoi, ton bouqin joli qui te manque tant ?

    Posté par Thomas, 06 février 2009 à 01:44
  • Aime beaucoup (beaucoup) le "livre pour le cravail qui irait super joliment bien dans la bibli professionnelle que laquelle elle est toute petite shame on you"
    Et je compatis avec les bibliothèques où il faut rendre les livres, j'ai du mal, heureusement qu'on a des surmoi bien fournis, avec les amis aussi. Et d'ailleurs j'ai toujours par réglé mon affaire de la copine qui m'a racheté le bouquin pour garder l'original. Je devrais le bloguer ça tiens.

    Posté par Gamacé, 06 février 2009 à 14:08
  • Thomas: un bouquin sur les p*articules é*nonciatives, c'est-à-dire touts les petits mots et expression qui, tout en ne rentrant pas dans le cadre de la hiérarachisation de l'information type "Thème-Rhème", permettent de modaliser, orienter, voire "lubrifier" (le mot dans ce contexte n'est pas de moi mais de l'auteur) le discours.

    Gamacé: oui, ca vaudrait une note. En tout cas c'est un truc qui m'intéresserait dans le cadre de ma série de textes sur le livre et la lecture.

    Posté par Mlle Moi, 06 février 2009 à 15:16
  • Je garderais longtemps en mémoire, je crois, la personnalité qui est la tienne à partir du moment où tu franchis le seuil d'une librairie.
    ))

    Posté par STV., 06 février 2009 à 21:26
  • Ben quoi? *air innocent* (à vrai dire je ne me souviens plus vraiment en quoi mon comportement ce jour là avait été choquant...)

    Posté par Mlle Moi, 06 février 2009 à 21:37
  • Pour ceux que ca intéresse:

    J'ai acheté lundi: Il faut bien que certaines choses soient faites (J. Lederer), et Esquives, d'Anita Brookner. (4,5 cm, pour tenir la semaine, en complément avec des conneries sur internet)

    Et aujourd'hui, trois jalna, deux pearl buck (dont un qui ne ressemble à aucun pearl buck que j'ai lu, c marrant), Malataverne de Clavel, La baleine blanche de Lanzmann, La vie Ripolin de Vautrin, et En nos vertes années de R. Merle. (soit 19 cm de rayonnages à trouver, pour 1,80 euros au total).


    Ronron de satisfaction intense.

    Posté par Mlle Moi, 07 février 2009 à 00:00
  • Belle réflexion sur le livre-contenu. Le livre-contenant se jette après usage. L'autre grouille de pauvres types et de superwomen, genre Rastignac ou la fée Clochette. Tu as la dure tâche d'expliquer à ton papa que le capitaine Achab ne se plie pas sur la tranche, pas plus qu'on ne corne la Lavallière de John Watson dans le coin supérieur gauche.
    Mais peut-être que les papas, eux, ne se tiennent pas à la page ?

    Posté par delest, 07 février 2009 à 01:45
  • "En nos vertes années ", si ça te plaît - ce dont je suis à peu près sûre - tu es partie pour la totale, soit au bas mot un demi-mètre d'étagère sur ta bibli cropetite !

    Posté par Gothic Inside, 07 février 2009 à 19:00
  • Bah, de deux maux, il faut choisir le moindre.
    Je pleure moins fort quand ma bibliothèque est trop petite pour mettre les livres, que quand j'ai pas de livres à mettre dans la bibliothèque.

    Posté par Mlle Moi, 08 février 2009 à 00:31
  • La seule bibliothèque qui soit exactement à la mesure des livres qu'elle contient, c'est celle qui sert de décor à une photo officielle.
    Les livres ne risquent pas d'en bouger.

    Posté par anita, 09 février 2009 à 12:50
  • ... d'autant plus que la plupart du temps, ils sont aussi bidons que le personnage qui pose devant : de simples dos collés sur du contreplaqué .

    Posté par Gothic Inside, 10 février 2009 à 19:03
  • L'irrésistible attrait de l'étiquette jaune ! Enfin, résistible dans mon cas lorsque le bouquin est vraiment en mauvais état : j'ai beau savoir qu'on y lit la même chose (des fois mieux, même, avec la contraste adouci par le papier en cours de jaunissement et des polices de tailles décentes aussi - les éditeurs semblent de plus en plus vouloir économiser du papier par ce procédé peu amène pour nos pauvres yeux), je n'y peux rien, je suis d'une grande maniaquerie avec mes livres. Il m'arrive de pousser le vice jusqu'à comparer l'état de deux poches neufs. (ne jamais entrer dans une librairie avec moi)

    J'essaye de me soigner, par exemple en prenant des exemplaires un brin destroy ou surlignés (sacrilège!) pour les titres de bibliographie, qui m'inspirent le moins, mais rien n'y fait, une tranche pliée (par qui que ce soit, moi compris) me fait hurler. Comme si mes livres devaient rester vierges pour une nouvelle lecture. Et cependant, il y a un degré de malmenage du bouquin au-delà duquel il me plaît tout autant - mais il faut qu'il ait été malmené avec enthousiasme et non pas par négligence - ce dont on peut douter quand un livre souligné à contretemps se retrouve dans les bacs d'occasion. Éclopés mais pas maltraités.

    (Quand tu en as assez qu'une cinglée pollue ton blog de commentaires presque assez longs pour faire des posts de blog, tu me vires sans hésitation.)

    Posté par mimylasouris, 10 septembre 2009 à 10:47
  • (ah ben non, c'est cool, les longs commentaires, ça fait de la lecture )

    Une de tes remarques me fait réfléchir. L'histoire des livres fatigués, mais plutôt par négligence que par enthousiasme, qui échouent dans les bacs des libraires d'occasions.
    Je pense qu'une partie de ma compulsion à traîner dans ce genre d'endroits vient d'un côté Saint-Bernard. Il faut les sauver et leur donner de l'amour, à ces pauvres victimes !!

    Posté par Mlle Moi, 10 septembre 2009 à 19:14

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